• Hannibal: la fin des péripéties du cannibale

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    Hannibal c’est fini. Trois saisons que la série repousse les limites, trois ans qu’elle régale les fans, elle a fini par être rattrapée par ses très faibles audiences. La chaîne NBC annonce ne pas renouveler la série pour une quatrième saison (alors que les scénaristes en avaient prévu 7).Le dernier épisode de la saison 3 a été diffusé la semaine dernière et tant que l’équipe ne se trouve pas un nouveau diffuseur, cet épisode signe la fin de la série.
    Très honnêtement, c’est la meilleure série que j’ai pu regarder en termes de qualité et il y a plusieurs critiques professionnelles qui seront d’accord avec moi. C’est une série unique en son genre que j’ai adoré du début à la fin.

    Tout partait d’un concept simple : reprendre l’histoire du célèbre cannibale Hannibal Lecter écrit par Thomas Harris et connu du grand public sous les traits d’Anthony Hopkins, et de raconter ce qu’il se serait passé avant le premier roman de la saga : Dragon Rouge. Du temps où le psychiatre exerçait encore libre de tout soupçon en cuisinant ses victimes à ses invités.
    La première saison s’est alors faite sous forme de série policière teinté d’ambiance film d’horreur où on suivrait Will Graham (personnage principal de Dragon Rouge) spécialiste en psychologie criminelle qui se voit recruté par le FBI pour une série d’enquêtes sur des serials killers morbides aux quatre coins des USA. Réputé psychologiquement fragile, le FBI confie son suivi au psychiatre Dr Lecter qui se retrouve ainsi un peu trop renseigné sur l’enquête concernant ses propres meurtres.

    Et dès la première scène on comprenait déjà une chose : on avait vu beaucoup (beeaaauuucoup) de séries policières mais celle-ci venait d’un tout autre monde. Giclées de sang au ralenti, musique classique et grinçante, et beaucoup beaucoup de sous-entendus sur le cannibalisme intervenants comme des private jokes entre Hannibal et le spectateur. La série nous proposaient déjà une panoplie de meurtres glauques tellement inventifs avec des cadavres si esthétisés qu’on en oublierait presque l’horreur. On assistait à de longs dialogues pendant lesquels on essayait de cerner les personnages. Sans oublier que les plats d’Hannibal étaient si bien arrangés qu’on avait beau savoir qu’il s’agissait de viande humaine, on les aurait bien goûtés. L’esthétique de la série défiait déjà toute concurrence.
    Bref on entrait dans le monde d’Hannibal : meurtres barbares, oui, mais toute en élégance. Cannibalisme, oui, mais restons sophistiqués en accompagnant nos mets d’une bouteille de vin d’un bon cru. On n’a jamais aussi bien compris le fait qu’Hannibal voit ses meurtres comme un art. Et on n’a jamais aussi bien compris comment il pouvait manipuler ses victimes. Parce que si ces longs dialogues sur le sens de la vie peuvent nous paraître superflus, c’est en fait comme ça qu’on pouvait voir ses ficelles (même si pendant une bonne dizaine d’épisodes on ne comprenait rien de ce qu’il manigançait). C’est aussi comme ça qu’on pouvait voir comment personne n’a pu le soupçonner tant il paraissait gentlemen et intellectuel.

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    Puis la saison 2 est arrivée et le masque tombe. Cette fois-ci Will Graham sait pertinemment à qui il a affaire et on peut se délecter de voir chaque personnage le comprendre un à un. La série reste une série policière mais elle sort peu à peu de ce schéma pour raconter véritablement l’histoire de ses personnages. C’est à ce moment-là que les scénaristes ont commencé à brouiller les pistes entre leur récit et les romans d’origines.
    Et si vous pensiez avoir tout vu après l’homme-violon et les manipulations douteuses d’Hannibal, détrompez-vous la série en avait encore sous le capot. Vous vous rappelez du film Hannibal avec Gary Oldman et sa face charcutée qui voulait se venger du psychopathe? Et bien préparez-vous à voir son histoire y compris ce moment où Hannibal le manipule pour qu’il se découpe les joues tout seul (oui, oui un moment mémorable). Admirez Will Graham, devenu un peu fou entre temps, être divisé entre sa vengeance et sa sympathie pour Hannibal.
    ON pensait que la sériez ne pouvait pas être plus cauchemardesque et la saison 2 arrive et se place un cran encore au-dessus. Plus intense, plus de gore, les choses sérieuses ne font que commencer. C’est d’ailleurs à ce moment-là que la série perd significativement de l’audience. Certaines personnes m’ont confié qu’ils ne pouvaient juste plus supporter certaines scènes trop violentes.
    Et pourtant je ne crois pas avoir vu une scène aussi belle que les 10 dernières minutes de la saison resté dans les mémoires autant pour son esthétisme poétique que pour son cliffhanger.

    Enfin dans sa dernière saison, le rythme de la série est entièrement repensé. Hannibal est en cavale en Europe et c’est la course pour enfin l’attraper. Will complètement déphasé, a déclaré forfait et laisse son amitié pour le cannibale l’emporter. Cette dernière saison se centre sur la romance à peine camouflé de ces deux personnages tout en restant dans leur monde malsain et sanglant. Maintenant qu’on a cerné le personnage, on observe plus en détail les méthodes d’Hannibal de la sélection de la victime jusqu’à sa cuisson. On explore rapidement son passé avant qu’il ne se fasse finalement enfermé et que la série fasse un bon de 3 ans pour se placer au début des évènements de Dragon Rouge.
    Le changement de rythme de la saison n’a pas plus à tout le monde, et ce saut dans le temps reste controversé. Cette saison en deux temps est le point faible de la série. Parce que si le scénario reste de qualité, le changement d’ambiance fait perdre de la tension qu’il y avait dans les premières saisons. Puis lorsqu’on a lu les livres (ou vu les films), une grande partie de la 2e moitié est sans surprise. On a moins de meurtres croustillants à se mettre sous la dent mais le peu d’action qu’on nous offre nous prouve que ce n’est pas par manque d’idée. La série s’est aventurée sur de nouvelles terres et ne cessent pas de nous surprendre. Mais il se peut qu’on se soit trop habitués à être surpris. De plus pour ma part j’ai trouvé l’esthétisme de cette saison moins réussi. Peut-être qu’on en avait assez vu, peut-être que les animations étaient mal placées, peut-être qu’ils ont changé de directeur artistique… le fait est que j’ai moins apprécié ces moments.
    Je n’en reste pas moins très contente de ce qu’ils ont fait avec l’histoire. J’ai apprécié explorer encore plus les relations d’Hannibal. Et merci aux scénaristes pour avoir explicité l’amour platonique entre Hannibal et Will. Car encore trop d’œuvre se contentent d’entretenir discrètement un sous-entendu homosexuel pour ceux qui veulent bien le voir, mais pas assez saute le pas. On se retrouve dans une version bizarre et psychotique de Brokeback Moutain les scènes de sexe en moins. Un cadeau en forme de cœur fait avec des cadavres et les yeux doux remplis d’amour : tout y est. Les personnages secondaires qualifient même allègrement leur relation de romance. Et pourtant pas un seul baiser n’est échangé. Tout est dans l’intensité des scènes et le jeu d’acteur.
    Si la série doit s’arrêter là, j’aime beaucoup la fin qu’ils ont choisie pour le « couple » Hannibal/Will (Hannigram pour les intimes) tout en laissant plusieurs options pour une éventuelle suite que toute l’équipe aimerait raconter. La saison 4 aurait dû d’ailleurs se concentrer sur leur relation encore plus en profondeur avant de s’attaquer aux évènements du Silence des Agneaux plus tard. J’aurais volontiers remis le couvert.
     

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    Il faut dire que l’autre grand point fort de la série c’est son équipe. Bryan Fuller, scénariste avide de cadavre et de film d’horreur, a compté jusqu’au bout avec enthousiasme sa fanfiction de l’univers morbide de Thomas Harris. Connu notamment pour Pushing Daisies, c’est un scénariste pour qui j’ai énormément de sympathie. On le retrouvera prochainement à l’écriture dans l’adaptation de la série de bds Sandman de Neil Gaiman (autre auteur que j’adore décidément), j’ai hâte.
    Son écriture mariée à une réalisation de haute volée notamment dirigé et produit par David Slade (quelques clips de Muse, Twilight 3… oui je sais ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus flatteur). Une autre qualité qui n’a cessé d’être soulignée par les critiques.

    Niveau casting on ne saluera jamais assez le danois Mads Mikkelsen (Casino Royale, La Chasse) pour son interprétation d’Hannibal qui nous fait très vite oublier l’incarnation d’Anthony Hopkins. Hugh Dancy, moins connu, complète parfaitement le duo avec son interprétation de Will Graham à faire rougir Edward Norton qui l’avait incarné dans la médiocre adaptation de Dragon Rouge en 2002. Sans oublier les acteurs secondaires : Laurence Fishburne (Matrix, Man of Steel) en directeur du FBI ou la mystérieuse Gillian Anderson (X-Files) en psychiatre collègue d’Hannibal en sont les deux têtes d’affiche. Puis les guest stars prestigieux n’en finissent pas : Gina Torres (Matrix, Firefly), Eddie Izzard, Richard Armitage (le Hobbit, succédant à Ralph Fiennes en Dragon Rouge), Zachary Quinto (Heroes, le Spock des Star Trek de JJ Abrams). Sans oublier les actrices méconnues qui ont tirés leur épingle du jeu face à ce casting cinq étoiles : je retiens notamment Catherine Dhavernas en Dr. Bloom ou encore la jeune Kacey Rohl (déjà aperçue dans Supernatural) en Abigail.
    Et tous ces acteurs interprètent leur rôle à merveille et avec une subtilité étonnante qui ne fait que rendre la série plus captivante.

    Quoi qu’il en soit en trois saisons on n’a jamais vu autant de tableaux aussi malsains que magnifiques. Le fait qu’une chaîne grand public américaine ait accepté de la diffuser pendant trois ans relève du miracle (surtout après les nombreuses plaintes pour violences graphiques qu’ils ont reçues). Parce qu’après tout cette série relève de l’art particulièrement morbide et ne peut pas être appréciée de tout le monde (ce que certaines critiques ont qualifié d’arrogance). Aimer les ambiances gores et glauques, les citations de Dante et les longues discussions philosophiques remplies de sous-entendus n’est juste pas fait pour tout le monde. Mais si on arrivait à apprécier on se régalait (jeu de mots ou pas à vous de décider) !
    La série a finalement été rattrapée par le fait qu’elle n’était pas grand public. La série n’avait plus grand-chose du thriller psychologique qui avait fait connaître la saga à ce grand public. Elle est juste venue, sortie de nulle part, pour réinventer le modèle original en y injectant une grande dose d’esthétisme et de bromance. C’était trop bavard, trop morbide, trop poussé, trop si ou trop ça. Mais on ne peut pas lui reprocher d’avoir atteint ce niveau d’intensité et de complexité. Je ne suis pas particulièrement friande de l’œuvre de base (ni même de ses adaptations cinématographiques) et ça a été génial pour moi de redécouvrir Hannibal Lecter sous ce nouvel angle. Merci à l’équipe pour cette expérience télévisuelle, elle aura une place dans mes séries favorites pendant très très longtemps.
    Inutie d'ajouter que je vous conseille vivement cette série.

    Fun tip : prendre Hannibal au second degré c’est aussi une façon amusante et ludique d’apprécier la série tout en dédramatisant le côté malsain et glauque.

    A lire: Article que j'avais publié après la diffusion de la saison 1


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