•  

    sense8
     
    Netflix, le géant américain représentant du streaming légal, est devenu une belle boîte de production pour des séries acclamée par la critique. Tout d’abord il y a eu le grand succès du thriller politique House of Cards, puis la comédie Orange Is The New Black et sa prison féminine ont connu une popularité monstre. Mais c’est aussi à eux que l’on doit Marco Polo ou la fameuse série Marvel sur le personnage de Daredevil (que je ne peux que vous conseiller d’ailleurs). Leur façon de lâcher une saison entière d’une seule traite convient aux modes de visionnage de série moderne (le bingewatching en gros). Pas la peine d’attendre une semaine pour le prochain épisode, fini également l’attente des sous-titres ou des diffusions françaises : tout est là d’un coup et dans toute les langues (ils doublent même leurs séries en français pour les adeptes de la VF). Netflix n’impose aucune censure ni aucun format à ses programmes, repêche des séries annulées… bref Netflix est dans l’air du temps.
    Et son dernier poulain avait un CV qui avait tout pour vous faire saliver. Les Wachowskis (à qui on doit la mythique saga Matrix je vous le rappelle) sont de retour et nous proposent une nouvelle production de science-fiction se déroulant aux quatre coins du monde avec un concept original : Sense8. Diffusé à partir de début juin, la série a reçu un retour largement positif et enthousiaste ce qui m’a poussée à me lancer.

    Un policier de Chicago, une DJ islandaise, une fille de PDG coréenne, un conducteur de bus kenyan, une hackeuse de San Fransisco, une étudiante en chimie à Mumbai, un délinquant allemand et un acteur mexicain : huit personnes qui n’auraient à priori jamais dû se croiser. Pourtant Will, Riley, Sun, Capheus, Nomi, Kala, Wolgang et Lito sont reliés par une force mystérieuse. Un étrange lien qui se réveille le jour où ils assistent au suicide d’une femme dans une église où aucun d’entre eux ne se trouvait. Ce qu’ils croient d’abord être un rêve soulève de nombreuses questions. Puis, chacun va ensuite petit à petit découvrir qu’il peut ressentir ce que les autres ressentent, et même communiquer avec eux alors qu’ils sont à des milliers de kilomètres les uns des autres : ils sont ce qu’on appelle des « sensates ». Ils vont donc devoir appréhender ce lien et surtout essayer de comprendre ce qu’il s’est passé le jour du suicide de cette femme.

    bae-doo-na-in-sense8
     
    Un pitch mystérieux et alléchant qui est le grand point fort de la série. Dès le premier épisode on est intrigués, on irait au bout juste pour comprendre la première scène et pour voir où ils veulent aller. Cette première saison s’axe dans sa grande majorité sur la présentation des huit personnages et de leurs vies ainsi que sur la nature de leur connexion. Cette introduction se fait lentement et en douceur, on doit par exemple attendre la deuxième moitié de saison pour qu’ils interagissent enfin volontairement les uns avec les autres. Si ce démarrage quelque peu lent nous laisse perplexe au début, on comprendra plus tard qu’il était nécessaire pour qu’on puisse s’habituer nous même à l’idée et comprendre certaines scènes. Impossible de lire le montage d’une même scène tournée dans trois endroits différents si on a pas un minimum saisi l’idée, donc ça se fait en douceur pour éviter de paumer le spectateur.

    Mais une fois lancer, on ne les arrête plus et on nous offre de superbes scènes de « communion » très poétiques et bien trouvées. Ainsi on peut les voir tous chanter la même chanson en même temps, s’allier dans une même course poursuite… Et je vous paris que vous ne pourrez pas oublier cette scène de sexe qui se transforme presque en orgie. Le lien est à la fois utile pour faire avant l’histoire, utile pour faire de très belles scènes mais également utile pour des ressors comiques. Un homme peut ainsi ressentir l’effet des règles, un sensate peut accidentellement apparaître nu à un autre, et tout autre effet secondaire un peu drôle. Le sujet est bien balayé et très bien rendu à l’écran. C’est certainement ce qui m’a le plus plu dans la série même si tout cela bouffe beaucoup de temps sur l’ACTION.

    Parlons-en des scènes d’actions d’ailleurs. Si dès le premier épisode on s’attend à une enquête collective sur leur première vision, le sujet est très peu abordé et n’est réglé qu’en fin de saison. Mis à part le personnage d’un sensate extérieur à leur cercle qui sert beaucoup à expliquer le pouvoir au spectateur, il faut attendre le 7e épisode pour qu’on rentre dans le sujet sérieux. Une très grande partie du temps est consacré aux vies quotidiennes de nos huit protagonistes qui sont étrangement palpitantes. Je veux dire qu’un policier ou un voleur professionnel ait des scènes d’action répétées ça peut paraître normal, mais quand une pauvre DJ et un conducteur de bus (ok il vit en Afrique mais faut pas abuser non plus) sont impliqués dans des affaires sordides c’est tout de suite moins logique. De mon point de vue, ils ont voulu caser de l’action là où on n’en avait pas besoin. Résultat c’est à la limite du crédible dans la moitié des cas. Surtout qu’ils ne prennent pas toujours le temps d’expliquer comme il se doit ce qu’il se passe (toujours pas sure d’avoir compris l’intégralité de la storyline de Riley par exemple).


    La scène où ça a fait tilt

    On peut les comprendre ceci dit car les personnages vivent des vies très différentes. Certains connaissent donc des scènes dignes du meilleur film d’action alors qu’un acteur mexicain ne peut se limiter qu’au registre de la comédie. Dans ce dernier cas, ils profitent habilement du métier du personnage pour caser des scènes d’action délirantes. C’est peut-être ce qui lui a permis d’avoir une des storylines les plus logiques et constantes de la saison. Ils auraient pu ainsi jongler avec les genres. On voit d’ailleurs qu’ils ont commencé à le faire mais ils ont préféré faire du forcing pour mettre de la violence un peu partout. C’est à mon avis un des plus gros points faibles de la série. Ils auraient gagné à se concentrer plus vite sur l’intrigue principale pour caser leur lot de scènes d’action, ce qui devrait être fait pour une éventuelle saison 2.

    Un autre point vendeur de la série est sa diversité : des personnages très différents se comprennent et s’unissent. On peut d’abord voir qu’ils ont fait des efforts sur les origines et les lieus où ils habitent: Nairobi, San Fransisco, Séoul, Berlin, Mumbai, Londres (pour une islandaise), Mexico et Chicago. Cependant on notera que la moitié des personnages restent blancs et occidentaux, ainsi qu’on compte tout de même deux américains et personne d’origine arabo-musulmane par exemple. Mais passons. Le problème c’est que cela donne lieu à un assez grand nombre de stéréotypes. Le policier représente le héros américain dans toute sa splendeur (bon c’est une production américaine ça n’étonne plus personne). L’indienne ne regarde que des Bollywood et subit un mariage arrangé avec un homme qu’elle n’aime pas. L’asiatique de la bande maîtrise étrangement les arts martiaux et subit une société patriarcale. Le mexicain joue dans une panoplie de telenovelas. Quant au seul africain de la bande il fait face à la corruption de son pays et prend des poulets comme monnaie pour monter dans son bus. #clichés

    Bon c’était pour la diversité ethnique : on pourra quand même valider. Les acteurs ont des couleurs de peaux différentes, des apparences différentes et des accents très divers. On a même la chance de les entendre dire des mots dans leurs langues respectives. Même s’ils s’expriment tous en anglais ce qui est compréhensible d’abord pour faciliter la compréhension du téléspectateur, puis ça souligne le fait qu’il n’y a aucune barrière de langue entre eux et qu’ils se comprennent tous universellement.
    Egalement la diversité d’orientation sexuelle est parfaitement respectée. Un couple gay, un couple lesbien et une femme transsexuelle : les LGBT+ sont très convenablement honorés sans aucun cliché (assez rare pour être souligné). Mais par contre pour ce qui est de la diversité de l’environnement socio-économique c’est là que ça pêche. Tout d’abord ils vivent tous dans de grandes villes, pour la représentation des campagnards c’est un zéro pointé. Ensuite ils vivent tous dans une confortable classe moyenne. Seul Capheus semble avoir des problèmes pour terminer le mois mais après tout il est africain (#cliché). Dîtes-moi maintenant quelle est la probabilité pour que aléatoirement sur la planète les huit personnages principaux soient tous urbains et sans grand problème d’argent. C’est bête mais placer le deuxième américain dans la cambrousse ou rendre un des européens dans une classe plus précaire.

    Sense8-16w-M
     
    Si je vous fais tout un plat sur la diversité, c’est qu’au premier abord cela m’a semblé forcé. Chaque personnage vise une catégorie de la société américaine. Policier américain ? L’américain blanc lambda. L’acteur mexicain ? Combo entre la communauté hispanophone la communauté gay. La jeune indienne ? La grande communauté hindoue. La femme coréenne ? La communauté asiatique. Le chauffeur de bus kenyan ? Bah fallait forcément un noir pour la communauté afro-américaine. La hackeuse américaine ? Un peu pour la communauté trans, un peu pour la communauté geek. Au final les européens s’en sortent pas mal, on pourrait pousser et dire que la DJette s’adresse aux musiciens et le voleur aux hors-la-loi mais bon. Tout cela pour dire que j’ai eu ce sentiment que tout avait été fait pour plaire à toutes les communautés. C’est un bon point en soi mais au premier abord tout cela m’a semblé bien factice, avec des personnages posés comme des pièces d’échec pour ramener le public le plus large possible. Donc je leur reproche de ne pas être allé jusqu’au bout de leur démarche et d’être au final restés focalisés sur les Etats-Unis (représenter les communautés américaines en plus de faire des deux américains les deux enquêteurs sur l’intrigue principale avec bonus du cliché du héros américain) au lieu de penser qu’ils devaient représenter le monde entier (comme ils essaient de nous faire croire dans leur grand générique). A savoir : je suis assez irritable concernant l’américano-centrisme dans les contenus culturels.

    Mais tous ces défauts finissent par s’effacer sous le charme du récit. La série est très bien réalisée (les Wachowskis restent exemplaires à ce niveau) avec un budget confortable qui nous offre des décors et des paysages dignes de ce nom puisque toutes les scènes ont été tournées au lieu où elles sont censées se dérouler. Les acteurs sont tous (ou presque) bons dans leurs rôles tous aussi attachants (même si ce n’est pas le cas au premier abord). Même les personnages secondaires sont soignés et ça fait plaisir. Je suis également tombée sous le charme de toutes les relations romantiques que ce soit entre les sensates ou non. Des personnages bien écrits dans de beaux décors sous une belle réalisation : on finit tôt ou tard par trouver un certain charme à la série.

    En bref, Sense8 c’est une série originale qui a son côté poétique et son quota de scènes d’action. On découvre huit personnages très différents, au moins l’un d’entre eux va vous charmer et vous donner envie de suivre son histoire. Le concept est intrigant, passionnant et très bien exploité. Si la série a du mal à trouver son rythme et a tendance à s’éparpiller, on sera toujours félicité d’avoir continué dans une première saison qui ne cesse de monter en intensité et nous réserve beaucoup de surprise. Il est évident que cette saison n’est qu’une longue introduction pour pouvoir faire évoluer une histoire plus ambitieuse et ouvrir de grandes perspectives pour une suite. Trop lent pour certain mais pour ma part je trouve ça nécessaire. Je trouve même que c’est ce rythme posé qui a donné tout son charme à cette saison. Que je vous recommande donc chaudement. 

    sense8-12

    votre commentaire
  •  
    Révisions de japonais obligent, je me suis dit que regarder des films ou des séries dans la langue pourrait m’aider à me dérouiller. Cela fait maintenant longtemps que je suis entrée dans le milieu de la fascination nippone (un peu ressortie depuis m’enfin), et j’avais déjà une idée de ce qu’il se faisait dans le milieu au pays du soleil levant.
    Je n’ai jamais été une grande fan de manga et les tics d’animation des animes m’agacent très vite, à l’époque je m’étais donc spécialisée dans la version en chair et en os des animes : les dramas. Il s’agit d’un format très proche de nos séries occidentales sauf que les histoires sont faites uniquement pour durer sur une saison d’une dizaine d’épisode en général. Rares sont les dramas qui se sont vu accordé une deuxième saison signe ultime de leur succès, mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose quand on voit notre intérêt décroître au fil des saisons de nos séries américaines préférées.

    Au lieu de chercher un des derniers dramas japonais en vogue, le désir de revoir un de ceux que j’avais bien aimé à l’époque (il y a 5 ou 6 ans de cela) a fini par l’emporter. Après quelques hésitations je décide de reprendre LIFE, mon premier drama et aussi un de ceux qui m’ont le plus marqués. Quel n’était pas ma surprise de me retrouver captivée à nouveau par l’histoire comme à mes 12 ans. Onze épisodes ré-engloutis en 2 ou 3 jours qui m’ont laissé la sensation que c’était certainement un des meilleurs dramas que j’ai pu voir et qu’il fallait que j’en parle.

    2882265792_small_1
     
     
    Comme beaucoup d’autres dramas, LIFE est une adaptation d’un manga de Keiko Suenobu qui traite de la partie sombre du lycée et de l’adolescence : intimidation, automutilation, suicide, incompréhension des parents etc. Dans le pays qui connait le plus fort taux de suicide au monde, rien d’étonnant à ce que de telles problématiques soient abordées. Déprimant, certes, mais assez passionnant.

    Nous suivons donc Ayumu Shiiba (jouée par Kitano Kie), jeune élève tentant d’intégrer un lycée prestigieux avec sa meilleure amie. N’étant pas très forte à l’école, c’est avec l’aide de son amie qu’elle prépare le concours. Seulement à l’annonce des résultats seule Ayumu est prise, sa meilleure amie la blâme alors pour son échec avant de tenter de se suicider. Ayumu fait sa rentrée au lycée remplie de remords, convaincue qu’elle n’a pas sa place ici. Alors qu’elle arrive enfin à se sentir bien dans sa classe, elle se rend compte petit à petit que ses nouvelles amies s’adonnent à cœur joie en humiliant une de leur camarade. Poussée par la leader du groupe Manami Anzai (Fukuda Saki), elle cède à la pression sociale et se tait devant des persécutions avant d’en devenir elle-même la victime.

    Ce drama est une véritable cristallisation des mauvais côtés de la société japonaise. Tout d’abord le thème principale, l’ijime (ou intimidation), est un véritable problème dans les collèges et lycées japonais mais aussi dans la vie professionelle ou la vie quotidienne. Le collectif passant en premier et étant valorisé dans la société, un individu qui s’intègrerait mal est facilement pris pour cible. 
    Toute la subtilité du drama est de nous montrer le fonctionnement de l’ijime et toutes les réactions possibles. Ainsi à travers Ayumu on comprend qu’elle ignore ce qu’il se passe pour s’intégrer au groupe tout en compatissant avec la victime. On la suit d’abord en tant qu’observatrice puis comme victime ce qui permet d’emblée plusieurs points de vue. Les premières cibles des persécutions ont été choisies par pure jalousie, puis c’est par revanche qu’on s’attaque à une nouvelle victime avant de parfois le faire uniquement par plaisir. On voit ceux qui s’écrasent et suivent le groupe, puis dès que quelqu’un conteste il est bizarrement soutenu par le reste de la classe. Certaines victimes y sont indifférentes, d’autres désespèrent (ce qui donne lieu à quelques scènes de tentative de suicide très prenantes), d’autres résistent…

      

      
     
    On retrouve les clichés des histoires de persécution : les parents incompréhensifs, les professeurs indifférents, la honte d’avouer qu’on est victime de brimades…

    Encore plus intéressant on rencontre d’autres formes d’intimidation. Entre le premier de la classe battu par son père, le père riche qui plit le principal à ses envies, la réputation du lycée qui oblige le personnel à étouffer l’affaire à chaque débordement… On souligne l’universalité du problème qui se retrouve partout. On aborde également la violence morale, la violence physique, la violence sexuelle… tout y passe. Et du haut de ses 15 ans Ayumu résiste et va défier toutes ces autorités une à une soutenue par des amis plus sincère et décide de se battre. L'histoire évolue pour développer un grand face à face entre Ayumu et la chef des bourreaux Manami qui se révèle tout aussi génial.

    D’autres facettes de la société sont abordées comme la très forte pression de la réussite scolaire comme professionnelle : intégrer un lycée prestigieux est primordial, les parents ne s’inquiètent que des notes de leurs enfants. On sent bien que l’excellence et le travail sont des valeurs profondes. Tout comme cette manie très japonaise qui consiste à beaucoup s’excuser et se préoccuper du tort qu’on cause aux autres. Très japonais également de se couper les cheveux en signe d’humilité après avoir fait du mal à quelqu’un. Certes ce n’est pas le Japon sous son meilleur jour mais tout cela est assez symptomatique de la société nippone.

    C’est donc un drama assez dur à regarder : les persécutions peuvent être très violentes, beaucoup de pleurs et d’émotion… Et encore, il a été aseptisé par rapport au manga qui abordait l’automutilation par exemple. Mais l’histoire est là pour nous toucher et nous faire réfléchir sur l'intimidation, sa responsabilité en tant que spectateur etc. Et il fait ça avec brio, on se retrouve pris dans un tourbillon cauchemardesque ou s'enchaine humiliation sur humiliation. Mais il lance également un message d’espoir puisqu’il montre qu’il y a une vie après les persécutions et que les bourreaux agissent de la sorte sur des insécurités Certaines scènes nous laissent même une ambiance presque poétique et calme nous soulageant de toute l’agitation qu’on a pu regarder avant. Une métaphore du tournesol est utilisée tout au long du drama pour montrer la floraison guidée par le soleil. Des tournesols contre les persécuteurs ? Pourquoi pas vous ne trouvez pas ça beau?

     

    Enfin j’aime le traitement de l’histoire en général donnant une explication aux comportements de chaque personnage. Chacun a sa propre raison d’agir comme il agit et c’est un enchainement d’évènements complexes qui l’a amené jusque-là. Egalement à souligner: le casting est à très grande majorité féminin. Fini alors le garçon bousculé et appelé tapette, place aux filles incroyablement mesquines et manipulatrices. Si on n’échappe pas à certains clichés (le « je couche pour te manipuler » ou le « elle m’a volé mon petit copain »), il est rare de voir des personnages féminins aussi tordus tout en étant aussi bien écrits. Comme quoi les personnages de lycéennes japonaises peuvent être montrés comme autre chose que des cruches.
    Cependant là où le scénario pêche c’est qu’il va trop loin rendant son antagoniste trop cruelle, trop puissante alors que la montrer plus humaine aurait eu plus d’impact. Je pense par exemple à une storyline qui implique une histoire de gang: too much. En tolérant ces écarts tirés par les cheveux, on peut prendre part avec passion à tous ces retournements de situation qui font qu'on a du mal à lâcher le drama. 

    Bref, LIFE est un drama fort et intéressant en plus d’être divertissant. Il vous introduira dans ce Japon loin des néons multicolores des animes et de la folie de ses publicités loufoques. Peut-être que le vrai Japon est aussi là dans cette part sombre. Je ne peux que vous le recommander à condition d’avoir un certain goût pour les drames. Vous en ressortirez plein d’émotions et avec la chanson de Mika Nakashima en tête. Un des meilleurs dramas que j'ai pu voir et également l'une des meilleures oeuvres traitant de l'intimidation/persécution, un indispensable pour moi.

      


    votre commentaire
  • wxxj-upickem-header-twenty-one-pilots-102813
     
    Il y a tant d’albums dont je voulais vous parler mais le temps m’a manqué. Ainsi vous aurez peut-être droit à un petit récapitulatif sur les nouveautés de 2015 qui ont pu passer sur mp3. Mais je souhaite rester fidèle à l’actualité et vous parler mon album de la semaine : Blurryface des Twenty One Pilots.

    Nouveau groupe en vogue dans la culture jeune internet, Twenty One Pilots explose aux USA l’an dernier avec leur album Vessels. Avec la voix de Tyler Joseph également au synthé et Josh Dun à la batterie, le duo venu de l’Ohio plaît par son style musical bâtard et efficace. Des couplets rappés, des refrains chantés le tout sur une instrumentale reposant sur la batterie qui donne un résultat très pop-rock. Bien que le groupe flirt avec la scène pop punk, le succès commercial de titres comme Car Radio leur donne une place sur la scène grand public américaine. Leur succès reste discret en France mais leur popularité qui ne fait qu’augmenter pourrait y remédier.
    Et c’est après avoir achevé leur tournée mondiale que Josh et Tyler nous proposent un nouvel album en ce printemps 2015 : Blurryface très attendu par leur fanbase grandissante.

    Heavydirtysoul ouvre l’album avec un couplet rap très énergique avant de s’éventer vers un refrain planant et un peu trop répétitif. D’entrée de jeu, on accroche à ce son à la fois original et très ancré dans la pop actuelle. Ainsi on se retrouve avec l’un des singles de l’album : Stressed Out qui a une ambiance plutôt hip-hop édulcoré. La texture de la chanson rend bien l’idée de nostalgie et d’anxiété des paroles qui parle du stress engendré par les responsabilités de la vie adulte. La chanson est réussie mais reste dans la constance sans changer une seule fois de rythme ce qu’on peut interpréter comme étant voulu pour l’effet nostalgique. Mais elle aurait pu aller plus loin et être plus percutante ne serait-ce qu’avec un refrain et une fin plus appuyés.
    La visite se poursuit avec un nouveau single, Ride, qui a cette fois-ci une inspiration reggae. La chanson est d’une légèreté exemplaire, nous offrant un mélange entre pop et reggae très réussi. Une réussite. Lui succède Fairly Local premier single sorti à l’annonce de l’album. Un petit bijou qui nous fait entrer dans un coin plus sombre de leur palette musicale. On ressent plus de gravité et j’aime quitter leur planète de légèreté qu’ils squattent si souvent. Je regrette tout de même quelques moments de « blancs » dans leur construction où il ne se passe rien et ne servent à rien.
    Et nous voilà avec le dernier single de cet album apparemment volontairement tous concentrés : Tear In My Heart qui se tâte au pop-rock cette fois-ci. Si la chanson est enjouée et sympathique, je ne suis pas très sensible à son charme. Nous passons enfin à une inédite : Lane Boy ouvre la danse dans un ton mi hip-hop mi reggae. Si l’énergie du couplet est surprenante on est vite coupés de court par le refrain un peu mollasson. On apprécie cependant le pont discrètement électro et le rap de Tyler qui reste très bon de bout en bout.


    The Judge démarre sur une jolie touche de banjo, plutôt mignon. Un nouveau beat reggae, un nouveau refrain répétitif, la chanson a du mal à se trouver une identité malgré son évolution constante. On est toujours très satisfaits de leur ambiance légère mais à ce point dans l’album on est tombés dans l’habitude. Doubt qui suit fait un essai dans une ambiance R&B teintée d’électro, pourquoi pas ? Le fait est que le résultat n’est pas ce qu’il y a de plus convaincant si ce n’est la fin du morceau qui fait appel à des chœurs. Le syndrôme de la moitié d’album certainement.On continue sur la lancée R&B avec Polarize qui nous offre quelque chose de plus consistant. La chose la plus intéressante de cette chanson reste cependant le sursaut pop-rock au milieu du morceau. Il suffit cependant les premières notes de We Don’t Believe What’s On TV qui sonnent le retour en force du banjo. Une ambiance country-esque qui ne fait que s’adapter au schéma classique de leurs compositions mais j’aime l’énergique intimiste de la chanson qui la fait sorti du long.

    Retour au mélange reggae/pop qu’ils ont construit depuis le début de l’album avec Message Man. Il doit y avoir un truc avec les chansons qui commencent par des « yeah yeah yeah » mais la chanson est totalement décousue même si j’aime l’ambiance qu’elle dégage dans certains moments. Je pense qu’ils auraient gagné à rendre le morceau plus cohérent ce qui lui aurait à mon sens donné plus d’impact.
    Hometown relève le niveau avec un morceau dominé par un fond électro qui donne une belle ambiance nostalgique à la chanson. Le tout est léger et fluide. Le seul vrai défaut que je trouve à la chanson c’est ce son électro sur utilisé dans les compositions du moment et qui m’insupporte particulièrement. Not Today nous offre un essai pop-rock plutôt théâtral. Ca reste assez rudimentaire mais c’est très sympa à l’écoute et plein de bonne humeur. Enfin, Goner vient clôturer l’album. Le morceau commence avec délicatesse telle une ballade au piano seulement perturbée par quelques crescendos à la batterie avant l’explosion finale du morceau rappelant inévitablement cette magnifique explosion électro sur Car Radio. La chanson est belle mais manque de fluidité à certains moments. Si le pont est fort et le reste très doux, les deux ont du mal à bien se marier. Une belle fin tout de même pour cet album.
     

    Les Twenty One Pilots ont un capital sympathie indéniable avec leurs chansons légères et pêchues toujours accompagnées d’une touche d’originalité. Seulement, ils ont une faiblesse : leur genre musical. Le nombre restreint d’instruments qu’ils utilisent leurs permettent que de faire des chansons assez simples tout d’abord. Je suis convaincue que leurs compositions gagneraient à s’enrichir d’une palette de sons plus grande. Ensuite, n’ayant pas un style définit si ce n’est leur mélange rap/pop légèrement pêchu, ils ont du mal à déterminer où ils veulent avancer. J’aime le fait qu’ils piochent dans plusieurs genres comme le pop-rock, le hip-hop, le R&B et notamment ici le reggae. Seulement ils n’arrivent pas à bien se les approprier ce qui produit un son assez bâtard qui a du mal à faire des morceaux cohérents et donc moins percutants. J’ai le sentiment qu’ils ont du mal à aller chercher l’essence même des genres qu’ils côtoient et de l’exploiter à fond. A la place ils se contentent de reproduire les sons caractéristiques. Le beat à contretemps caractéristique du reggae au beat électro surutilisé dans la pop-électro actuelle… Ils ont du mal à aller au-delà.
    Ceci dit, c’est un bonheur d’écouter Blurryface qui est un album varié et léger. Il saura vous mettre de bonne humeur dès le matin tout en vous offrant quelque chose de frai. Cependant à mon sens n’apporte pas grand-chose de nouveau par rapport au précédent. Il lui manque peut-être un vrai morceau star comme a pu être Car Radio pour Vessels.

    Je conseille : Heavydirtysoul, Ride, Fairly Local, Goner
    Je déconseille: les creux de moitié album c’est-à-dire Lane Boy et The Judge


    votre commentaire
  • the-world-goes-mad
     
    De retour pour vous parler du grand blockbuster du mois (serais-je trop accro aux films grand public ?), je parle bien entendu de Mad Max Fury Road qui remet la saga sur rail près de 30 ans après le dernier volet.

    A l’origine, Mad Max est une espèce de western post-apocalyptique qui lançait la carrière de Mel Gibson dans les années 80. Le pitch est simple : dans un futur proche la guerre pour le pétrole est déclarée (et c’est fou ce que cette idée s’ancre dans le contexte économique de l’époque). Max est un policier chargé de faire régner l’ordre face à la délinquance qui sévit sur le bord des routes. Il sombre dans la folie lorsque sa femme et son enfant se font assassiner par une bande de motards par représailles.
    Du moins je mets toute ma confiance sur la page wikipédia du film pour ce synopsis car je n’ai jamais vu les films originaux. Et pour cause, née dans les années 90 je n’avais jamais entendu parler de Mad Max avant le mois dernier et la sortie de la bande annonce de ce nouvel opus (comme la plupart des gens de ma génération d’ailleurs). Voici donc un avis extérieur sans aucun préconçu de ce que devrait être un Mad Max, un avis non-influencé par l’incarnation de Mel Gibson, un avis de néophyte complète.

    Le réalisateur George Miller, décide aujourd’hui que la saga n’est pas terminée et qu’elle a encore une place dans les salles de cinéma. C’est donc avec un nouveau casting lifté qu’il présente son film hors compétition à Cannes cette année : Tom Hardy (Inception, The Dark Knight Rises) succède à Mel Gibson dans le rôle-titre et Charlize Theron lui tient compagnie en tête d’affiche.
    On retrouve Max servant de poche de sang vivante dans une citadelle contrôlée par Immortan Joe, un dictateur classique qui fait vivre sa famille dans un grand luxe en assoiffant le citoyen lambda et se faisant vénérer par une classe de guerriers bourrins. Max sort de sa prison lorsqu’un guerrier l’embarque à bord de son véhicule pour continuer sa transfusion tout en roulant à 200km/h à la poursuite d’un cargo (puisque servir son général ne peut attendre). Tous les guerriers de la Citadelle sont en course pour rattraper l’une d’entre eux, Imperator Furiosa jouée par Charlize Theron, qui a dérobé quelque chose de précieux au grand manitou : ses femmes.

    Un scénario pratiquement illisible au visionnage de la bande annonce qui semble nous vendre un Paris-Dakar sous une pluie de sable ocre avec Charlize Theron chauve en guest-star. Le film nous (sur)vend donc son côté course-poursuite sur fond désertique, on se retrouve donc presque surpris de voir une histoire simple, certes, mais efficace et bien construite (suivant tout de même les schémas hollywoodien). Et si le film commence très vite sur l’action et le spectacle promis, on découvre après la première demi-heure qu’il a bel et bien un fond. Et plus grande est la surprise lorsqu’on découvre l’objet principal de ce blockbuster être féministe.

    téléchargement (1)

    Un peu de douceur dans ce monde de brute, littéralement

    Parlons déjà du personnage de Charlize Theron, véritable deuxième star du film. Parce qu’on en a eu des guerrières dans le cinéma de science-fiction mais combien restaient des femmes cloîtrées dans un stéréotype ? Lara Croft, Catwoman ? Fortes physiquement mais toujours femmes objets. D’accord l’actualité cinématographique nous charge de contre-exemples (Black Widow dans l’univers Marvel, Katniss dans Hunger Games) mais ça reste un cas très généralisé. Et nous parvient son personnage, Imperator Furiosa, pas sexualisée pour un clou, chauve et amputée qui ne reçoit aucune remarque sur le fait qu’elle soit une femme militaire, qui n’a aucune histoire de romance et qui a la profondeur émotionnel d’un personnage masculin équivalent. A tous les scénaristes : voilà comment on écrit une femme guerrière, c’est plutôt simple il me semble non ?
    Mais surtout parlons du cœur même de la bataille du film. La symbolique est enfantine : les femmes d’Immortan Joe s’échappent pour aspirer à une vie meilleure et être traitées comme autre chose que des objets ce qui nous renvoie naturellement vers l’émancipation des femmes. Mais le film va plus loin, et fait l’une des démarches les plus féministes à hollywood : il donne le même temps d'écran à ses personnages féminins qu’à ses personnages masculins. Pire encore, il nous offre une denrée rare dans un blockbuster : de vrais personnages féminins. Et je ne dis pas ça juste parce que le personnage de Charlize Theron est une guerrière qui n’a pas besoin d’un homme pour trucider ses ennemis. Mais parce que ces personnages sont envisagées plus loin que leurs corps de femmes. Les favorites de l’antagoniste représentent ainsi la douceur et la naïvité dans un monde de bourrins. En effet, elles sont bien entretenues pour être séduisantes et ne connaissent pas la lutte qui se trame dans le désert. Elles sont donc naïves mais pas stupides. Chacune d’elles a son caractère (parce qu’il faut bien assouvir toute les envies du maître), son temps d’écran, son moment héroïque. Comme si elles devenaient indépendantes et apprenaient à se défendre au fur et à mesure. Ou comment faire d’un scénario basique et restreint en dialogue quelque chose de très riche et apte à plusieurs lectures.

    Les femmes d’Immortan Joe sont comme un baume pour le spectateur après vingt minutes non-stop de bataille sur des 4x4 et des camions engagés à pleine vitesse. Le rythme du film joue avec les moments plus intimistes et délicats pour pouvoir nous balancer son lot de sauvagerie. Le film joue avec cet excès de bourrinage de l’un et l’émotion de l’autre, entre la violence du monde en guerre et la douceur des veinardes qui y ont échappé.
    Mais ce n’est pas pour cela qu’on boude ces moments d’action brutaux. Parce que le spectacle est beau, surprenant et assez jouissif. Que ce soit dans l’esthétisme très graphique tout droit sorti d’un comic book ou cette ambiance métal notamment avec ce guitariste équipé d’un lance-flamme pour motiver les troupes tout est volontairement dans l’excès. C’est à prendre au second degré mais on s’éclate devant ces bagarres d’abrutis tous plus bourrins les uns que les autres tout en riant d’eux tant ils flirtent avec la limite du ridicule.
    Il y a quelque chose de très rock/métal dans ces troupes. Peut-être parce que leurs peintures de guerre rappellent les maquillages et les looks de stars du métal (Rob Zombie ou le groupe Slipknot par exemple), ou parce que leur côté bourrin rentre dans l’imaginaire des festivals de métalleux. Dans tous les cas, l’imaginaire y est et ce délire esthétique (peut-être ce qui m’a donné envie de le voir en premier lieu) est assez génial je dois dire.

    mad-max-fury-road-awesome-guitar-guy
     
    Rock is not Dead
     
    Passons tout de même au point noir : le scénario. Car même s’il est bien pensé et efficace il reste tout de même très simple et échoue dans l’une de ses tâches : réintroduire l’univers de Mad Max. Trente ans après le dernier volet, le public a oublié et les nouveaux venus lui sont étrangers, c’est donc indispensable pour le film de reposer les bases. Or il se contente de quelques phrases en voix off pour recontextualiser et … c’est tout ? Le reste c’est au spectateur de faire la part des choses et de deviner, de supposer. Par exemple on comprend que Max est fou en nous montrant ses hallucinations mais on ne comprend pas ce qu’elles montrent si on n’a pas vu les premiers films. Max devient juste un bon gars un peu sonné par ses heures passées pendu par les pieds qui aide l’héroïne à accomplir son exploit avant de disparaître comme tout bon cow-boy solitaire.
    De plus, dès le début du film j’ai eu envie de connaitre mieux l’univers dans lequel on était : qu’est-ce qu’il se passe au-delà de la Citadelle ? Où cette tribus se situe face aux autres ? Sont-ils tous aussi assoiffés ou cela ne se montre que dans le désert ? Manque-t-ils vraiment de pétrole ou est-ce que c’est juste difficile de s’approvisionner ? Des questions auxquelles le scénario ne répond que partiellement. Mais au final, la mission est peut-être réussie puisque j’ai envie d’en savoir plus. Je vais donc peut-être aller voir les anciens films et je serais surement au rendez-vous s’ils sortent une suite.

    Pour moi, le film reste une réussite. Le spectacle est là, le scénario malgré ses lacunes est simple et efficace. Je n’ai pas grincé des dents quant au traitement des personnages féminins, je n’ai pas eu le sentiment que le film était juste là pour déballer des effets spéciaux sans s’occuper de l’histoire, j’ai plutôt pris mon pied. J’adore l’esthétisme qu’ils ont développé (peut-être que les road trips dans le désert et l’esthétique rock sont mes péchés mignons), et je reste sur ma faim quant à l’exploration de leur univers déjanté mal réintroduit ici. C’est le genre de blockbuster que j’ai envie de voir au cinéma : un peu barré, par forcément compliqué mais avec des personnages bien écrits. Et surtout des acteurs bien choisis : Tom Hardy n’a peut-être pas le charisme le plus porteur du film mais rempli très bien son contrat, Charlize Theron reste fidèle à elle-même (géniale), et une dédicace à Nicholas Hoult dans le rôle du guerrier qui retourne sa veste parce qu’il garde toujours une place dans mon cœur en tant qu’acteur depuis son rôle dans Skins.
    Tout ça pour vous dire que je ne peux que vous encourager à aller voir ce film qui est un bon divertissement pas trop bête en plus d’être original. 

    Mad-Max-Fury-Road-artwork-620x350

    votre commentaire
  • Avengers-2-Age-of-Ultron-IMAX-Poster-1-702x1024

    Je me rappelle encore être entrée dans la salle de cinéma il y a 3 ans, plus pour une sortie entre potes que pour le film en lui-même, et m’être faite projeter dans l’univers Marvel. Là où je ne connaissais rien et n’était pas spécialement friande des films de comics, le premier Avengers m’avait réconciliée avec le genre. La raison était simple : un bon blockbuster comme on en voit assez rarement. La balance dialogue/action est équilibrée, le scénario est cohérent, les personnages bien développés échappant à tout stéréotype, et bien sûr de l’humour bien dosée qui rend le film léger sans pour autant être pesant. Un film étonnamment cohérent malgré  le défi imposant de la production : enfin réunir plusieurs grands super-héros sur grand écran et ce projet fou de faire une suite de films ouverts les uns sur les autres et interdépendants. Rendre l’univers des comics au cinéma était une première et j’adore le concept.
    Depuis je me suis investie dedans, je me suis mise aux comics pour comprendre l’univers et j’ai sagement vu tous les films de la phase 2. Je n’ai fait un article ici que sur Thor 2 : The Dark World que j’avais vraiment apprécié à l’époque donc un petit résumé de mon avis sur les films. Les Iron Man je ne suis pas particulièrement fan et Iron Man 3 ne m’a pas plus convaincue. Thor était très divertissant mais avec le recul le scénario est assez faible. Captain America : The Winter Soldier a été la bonne surprise, ultra efficace certainement le meilleur de cette phase 2. Quant aux Gardiens de la Galaxie trop fun et original pour résister, rien que pour le fait d’avoir porté un raton-laveur bavard et un arbre méconnus du grand public à l’écran j’approuve.
    Et nous voilà donc aujourd’hui, avec les Avengers de retour à l’écran avec le défi de reproduire le succès publique et critique du premier tout en évoluant et en faisant plus fort. Extrêmement attendu, ils n’ont pas le droit à l’erreur. Et je suis allée entre deux séances de révisions voir ce que ça donnait avec enthousiasme.

     

    Avant de ne serait-ce que s’intéresser à l’histoire il faut d’abord comprendre ce qu’il s’est passé avant. Depuis que les Avengers ont été réunis pour la première fois et détruit New York, chaque héro a donc vécu des aventures de son côté. Si Tony Stark (aka Iron Man) a été profondément perturbé par les évènements et Thor vit quelques troubles dans son empire de l’autre côté de la galaxie, Steve Rogers (aka Captain America) a depuis intégré le SHIELD et se bat au côté de Natasha (aka Black Widow). Il découvre alors que l’organisation de défense du sol américain est infiltrée depuis sa création par un groupe nazi, HYDRA, qui projetait de prendre avantage du pouvoir du SHIELD pour… détruire le monde et les humains ou quelque chose comme ça certainement ? Le duo Steve/Natasha, au côté du directeur du SHIELD Nick Fury, réussit à abattre HYDRA mais détruit l’organisation entière. Pour connaître les véritables conséquences de Captain America 2 sur le SHIELD il faudrait regarder la série télévisée Agents of SHIELD, ce que je n’ai pas fait parce que je n’ai pas accroché. Donc nous en sommes donc à une situation compliquée pour le SHIELD qui avait réuni les Avengers en premier lieu…
    … Mais apparemment ils détiennent désormais des bases spécifiques pour les Avengers un peu partout dans le monde. Donc on retrouve l’équipe de base du premier film (Iron Man + Captain America + Hulk + Thor + Black Widow + Hawkeye) qui, dans une continuité parfaite, poursuit les ressortissants d’HYDRA un peu partout. Ils font alors la rencontre de deux jeunes jumeaux mutants, Scarlet Witch et Quicksilver (qu’on peut également voir dans les X-men), qui ont une dent contre Tony Stark depuis que les armes de sa compagnie ont détruit leur ville. Les jumeaux déclarent alors la guerre aux Avengers en les menant à la défaite une première fois. Mais l’ennemi principal du film est ailleurs (oui c’est complexe). Tony Stark travaille depuis plusieurs années sur des systèmes informatisés intelligents (dont son serviteur numérique Jarvis) et décide de demander sa collaboration à Bruce Banner (aka Hulk) pour créer une intelligence artificielle à partir de l’énergie du sceptre de Loki (mais si rappelez-vous dans le premier Avengers… non ?). Ils réussissent alors à créer Ultron qui, comme la plupart des intelligences artificielles avant elle, décide de détruire l’humanité purement et simplement. Il va alors chercher de l’aide vers les jumeaux antagonistes précédemment introduits.


    Avengers-2-L-Ere-d-Ultron-Poster-IMAX-2

    Ouf, compliqué à synthétiser ce scénario. Et voilà le principal défaut du film : ça part dans tous les sens. De référence à référence, on saute dans l’univers Marvel demandant au spectateur un minimum de connaissances sur les autres films... On ne peut juste pas demander aux spectateurs de regarder 3 films par an en ajoutant les nouvelles séries télés pour comprendre l’histoire. Le deal des sagas traditionnelles est de voir un film tous les 1 ou 2 ans sur l’espace de 3 à 5 longs métrages, pas de suivre intégralement un programme qui couvre une dizaine d’années (Marvel a des films prévus au moins jusqu’en 2020) et qui sort des films comme des petits pains. Si je suis contente d’avoir un rendez-vous Marvel tous les 6 mois, ce n’est pas le cas de tout le monde. Un film doit d’abord former un tout avant de s’intégrer dans un schéma plus grand. C’était la force du premier volet : on réunissait 3 héros qui avaient chacun eu leurs propres films et on pouvait très bien comprendre de quoi il retournait sans avoir vu les 5 ou 6 films précédents. Ici, c’est raté.


    Mais même en ayant suivi, tout cela reste très brouillon. Certains personnages des autres films font une apparition anecdotique seulement pour le clin d’œil. Oui les fans aiment revoir Falcon ou Dr. Selvig mais ce n’est pas une raison de nous les sortir à toutes les sauces et compliquer l’histoire qui est déjà un vrai bordel.

    Donc bien sûr devant cette histoire complexe, ramenant des éléments des films périphériques et chevauchant plusieurs storylines internes, les 2h30 des formats blockbuster paraissent extrêmement courtes. Le premier montage comprenait plus de 3h de films et le redécoupage pour rentrer dans le moule rend le film rapide… presque trop pour suivre, on n’a pas le temps de souffler.
    On le voit dès l’introduction qui nous montre d’emblée une belle scène d’action sans même représenter les personnages. Encore une fois c’est ce que le premier avait bien pris le temps de faire, cela avait occupé 20min mais au moins tout le monde était au point et on a pu se remettre dans le bain. Difficile donc d’entrer dans le film et j’avoue avoir eu du mal à m’intéresser pendant la première demi-heure. On ne retrouve pas le rythme fluide et clair qui avait rendu le premier si divertissant et c’est dommage.

    Ceci dit, le scénario regorge de bonnes idées on peut toujours faire confiance à Joss Whedon. Tout d’abord le concept d’Ultron, machine meurtrière créée par le héros le plus célèbre du panel, supporté par les jumeaux convaincus par la malhonnêteté de Stark. Cela sème le doute sur la facette héroïque du groupe et prépare doucement le terrain pour le prochain Captain America : Civil War qui fera apparaître Iron Man comme antagoniste. Je dois avouer que la perspective de regarder une nouvelle armée de robots tueurs se faire massacrer ne m’enchantait pas mais le film évite habilement les clichés du genre (si ce n’est la supériorité ressentie vis-à-vis de la race humaine). Ultron est drôle, intéressant et sympa en terme d’effets spéciaux. Avoir un méchant réussi n’est pas toujours à la portée de tout blockbuster (prenez Thor 2 par exemple)

    Avengers-Age-of-Ultron-Trailer-3-Scarlet-Witch-Controls-Black-Widow (1)


    Ce que j’ai également trouvé particulièrement bien vu c’est l’évolution réservée aux personnages souvent surprenante. Steve Rogers qui semble enfin accepter de faire partie du XXIe siècle et se détache de sa vie passée. La relation naissante entre Banner (aka Hulk) et Natasha qui ne paraissait pas évidente dans le premier film. Si j’étais sceptique à l’idée, ils ont réussi à me convaincre que leur amourette est logique et cohérente et apporte même quelque chose à l’histoire (un moyen de contrôler Hulk par exemple). L’alchimie entre les deux acteurs n’est peut-être pas très au point ceci dit. Et puis, surtout, la vie de famille d’Hawkeye que je pense personne n’avait vu venir. J’avais trouvé le personnage malheureusement creux et pas très intéressant dans le premier mais ici il devient très attachant. Si le speech de la femme enceinte qui voit son mari partir à la guerre et craint ne jamais le revoir sent le réchauffé, on trouve là le côté humain du film qui nous rattache à l’ordinaire.
    En parlant d’ordinaire, voir l’équipe passer du temps ensemble et plaisanter à côté de leurs missions et avoir des sujets de plaisanterie entre eux ça fait du bien. Ca leur donne un véritable lien qui expliquerait la disparition (temporaire ?) des discordes qu’ils avaient pu avoir dans le premier volet. Malheureusement ce côté est écrasé par le rythme effréné du film.

     
    La plus grande réussite est de faire un scénario autour de tous ses personnages en les traitant tous à égal. Si on fait les compte on a les stars : Captain America, Iron Man, Thor et disons Hulk ; les agents badass des premiers films: Black Widow et Hawkeye ; les antagonistes : Ultron, Scarlet Witch et Quicksilver ; sans oublier les personnages secondaires : l’Agent Hill, Nick Fury, Falcon… Et tout tient bizarrement assez bien ensemble, on arrive à s’attacher à chacun d’entre eux. Même les nouveaux venus, les jumeaux surtout, deviennent en une dizaine de répliques amis du spectateur. Ce qui permet même de nous rendre triste à la mort de Quicksilver… qui intervient cependant toujours trop tôt dans l’histoire du perso à mon avis (mais permet de déclencher une nouvelle volonté chez sa sœur, pourquoi pas ?). Seul Thor ne m’a pas trop convaincue cette fois-ci, ainsi que ce personnage sorti de nul part qui ne sert qu’à achever le méchant à la fin.

    Et cette cohabitation des personnages notamment rendue possible grâce aux fameux dialogues de Joss Whedon qui lancent une réplique cinglante ci et là, là où on ne les attend pas. Si ça ressemble parfois aux répliques que sortiraient au hasard des personnages de jeux vidéo, des punchlines en plein milieu de l’action. C’est un humour léger qui dédramatise le film et évite de le rendre trop mégalo (oui je te regarde DC). Mention spéciale au speech de Hawkeye qui raconte l’absurdité de la situation en plein milieu du combat final.

     

    Avengers-2-L-Ere-d-Ultron-Poster-IMAX
     
    Et parlons-en de ce combat final, ou des scènes d’actions tout court. Si le défi était de faire plus grand et plus fort que le premier ou tous les autres films réunis, c’est réussi. Malgré quelques combats illisibles, on a des combats épiques remplis d’explosions et de coups critiques. Ça part dans tous les sens, ça décoiffe et c’est assez jouissif. On pourrait accuser le film de faire de l’action pour de l’action mais puisque le scénario justifie chaque scène ça me suffit pour les apprécier sans me poser trop de question.
    J’avais également peur qu’il nous recrache l’ethnocentrisme américain à la gueule en redétruisant une ville américaine en bataille finale. Or les trois quarts du film se passent en dehors des Etats-Unis ce qui est rafraichissant. On peut donc admirer les décors de Séoul au lieu de New York ou d’une petite ville au lieu de hauts buildings. De la fraîcheur c’est tout ce que ça apporte mais j’apprécie.

    J'ai beaucoup entendu des fans se plaindre au niveau de l'adaptation des comics. En effet Ultron n'est pas créé à la base par Tony Stark, Natasha ne sort jamais avec Bruce Banner, et difficile de ramener les jumeaux sans les X-men sachant qu'ils sont censés être les enfants de Magnéto. La vérité c'est que je pense que les comics sont l'une des matières narratives les plus maléables qui soient. L'important est l'essence du personnage: ce qu'il est, son caractère, ses manières, ses croyances... Leurs aventures, qu'elles soient des origin story ou non, évoluent perpétuellement. D'une édition de comic à une autre, d'un univers parallèle à un autre. Il n'est donc pas étonnant que les films, en plus de leur travail d'adaptation habituel, se permettre de s'approprier les personnages et de le refaire à sa sauce. Ce ne sera jamais qu'une nouvelle histoire possible pour le personnage. J'aime cette facette des comics: chacun choisi la version qu'il préfère et n'importe quel auteur peut réinventer un personnage. C'est ce qu'il fait que tous ces super héros ont été si populaires toutes ces années non ?
    Et de toute façon il faut arrêter de gueuler sur les changements faits par rapport à l'oeuvre de base dans une adaptation. Je suis parfois la première à le faire mais il n'y a aucune raison de se plaindre si ça fonctionne. En l'occurence je trouve qu'ils ont réussi. Mais bizarrement c'est un élément du comics que je trouve le mois bien adéquat (à savoir Vision)...

    Avengers-Age-of-Ultron-EW-poster

     
    En conclusion, j’ai beaucoup aimé ce deuxième volet que je trouve réussi sur plusieurs points et assez rafraîchissant. Mais voilà il a beaucoup de défauts et n’atteint pas l’équilibre de rythme du premier. Certains se plaindront du scénario bordélique et irons se repasser le premier en boucle, d’autres qui avaient trouvé le premier trop lent acclamerons ce retour en force de l’action. De toute façon le film est d’ores et déjà un grand succès commercial et la geek de film comics qui est en moi est comblée. Je m’inquiète plutôt sur les prochains films à venir : s’ils n’arrivent pas à mettre de l’ordre dans les histoires ça pourrait devenir un gros bordel sans nom qui ne contenterait que les fans à la peau dure. De plus, le ras-le-bol des films des super-héros gagne déjà le public alors qu’avec le nouveau programme cinématographique de DC en parallèle, le box office va en être saturé jusqu’en 2020 au moins. Est-ce vraiment un bon plan de marteler le grand public ?
    En tout cas les annonces des prochains Marvel ne font que m’enthousiasmer, Civil War en particulier me fait saliver. Je suis aussi très heureuse qu’ils portent enfin Deadpool à l’écran comme il se doit. Est-ce que DC saura concurrencer Marvel en ramenant Batman et Superman ? Hmm pas si sûre parce que si les succès des Dark Knight n’est pas loin Marvel a pris de l’avance, beaucoup d’avance. Une chose est sure : le débat éternel DC et Marvel sera plus que jamais d’actualité.  

    votre commentaire