
Au lieu de chercher un des derniers dramas japonais en vogue, le désir de revoir un de ceux que j’avais bien aimé à l’époque (il y a 5 ou 6 ans de cela) a fini par l’emporter. Après quelques hésitations je décide de reprendre LIFE, mon premier drama et aussi un de ceux qui m’ont le plus marqués. Quel n’était pas ma surprise de me retrouver captivée à nouveau par l’histoire comme à mes 12 ans. Onze épisodes ré-engloutis en 2 ou 3 jours qui m’ont laissé la sensation que c’était certainement un des meilleurs dramas que j’ai pu voir et qu’il fallait que j’en parle.
Nous suivons donc Ayumu Shiiba (jouée par Kitano Kie), jeune élève tentant d’intégrer un lycée prestigieux avec sa meilleure amie. N’étant pas très forte à l’école, c’est avec l’aide de son amie qu’elle prépare le concours. Seulement à l’annonce des résultats seule Ayumu est prise, sa meilleure amie la blâme alors pour son échec avant de tenter de se suicider. Ayumu fait sa rentrée au lycée remplie de remords, convaincue qu’elle n’a pas sa place ici. Alors qu’elle arrive enfin à se sentir bien dans sa classe, elle se rend compte petit à petit que ses nouvelles amies s’adonnent à cœur joie en humiliant une de leur camarade. Poussée par la leader du groupe Manami Anzai (Fukuda Saki), elle cède à la pression sociale et se tait devant des persécutions avant d’en devenir elle-même la victime.
Ce drama est une véritable cristallisation des mauvais côtés de la société japonaise. Tout d’abord le thème principale, l’ijime (ou intimidation), est un véritable problème dans les collèges et lycées japonais mais aussi dans la vie professionelle ou la vie quotidienne. Le collectif passant en premier et étant valorisé dans la société, un individu qui s’intègrerait mal est facilement pris pour cible.
Toute la subtilité du drama est de nous montrer le fonctionnement de l’ijime et toutes les réactions possibles. Ainsi à travers Ayumu on comprend qu’elle ignore ce qu’il se passe pour s’intégrer au groupe tout en compatissant avec la victime. On la suit d’abord en tant qu’observatrice puis comme victime ce qui permet d’emblée plusieurs points de vue. Les premières cibles des persécutions ont été choisies par pure jalousie, puis c’est par revanche qu’on s’attaque à une nouvelle victime avant de parfois le faire uniquement par plaisir. On voit ceux qui s’écrasent et suivent le groupe, puis dès que quelqu’un conteste il est bizarrement soutenu par le reste de la classe. Certaines victimes y sont indifférentes, d’autres désespèrent (ce qui donne lieu à quelques scènes de tentative de suicide très prenantes), d’autres résistent…


Encore plus intéressant on rencontre d’autres formes d’intimidation. Entre le premier de la classe battu par son père, le père riche qui plit le principal à ses envies, la réputation du lycée qui oblige le personnel à étouffer l’affaire à chaque débordement… On souligne l’universalité du problème qui se retrouve partout. On aborde également la violence morale, la violence physique, la violence sexuelle… tout y passe. Et du haut de ses 15 ans Ayumu résiste et va défier toutes ces autorités une à une soutenue par des amis plus sincère et décide de se battre. L'histoire évolue pour développer un grand face à face entre Ayumu et la chef des bourreaux Manami qui se révèle tout aussi génial.
D’autres facettes de la société sont abordées comme la très forte pression de la réussite scolaire comme professionnelle : intégrer un lycée prestigieux est primordial, les parents ne s’inquiètent que des notes de leurs enfants. On sent bien que l’excellence et le travail sont des valeurs profondes. Tout comme cette manie très japonaise qui consiste à beaucoup s’excuser et se préoccuper du tort qu’on cause aux autres. Très japonais également de se couper les cheveux en signe d’humilité après avoir fait du mal à quelqu’un. Certes ce n’est pas le Japon sous son meilleur jour mais tout cela est assez symptomatique de la société nippone.
C’est donc un drama assez dur à regarder : les persécutions peuvent être très violentes, beaucoup de pleurs et d’émotion… Et encore, il a été aseptisé par rapport au manga qui abordait l’automutilation par exemple. Mais l’histoire est là pour nous toucher et nous faire réfléchir sur l'intimidation, sa responsabilité en tant que spectateur etc. Et il fait ça avec brio, on se retrouve pris dans un tourbillon cauchemardesque ou s'enchaine humiliation sur humiliation. Mais il lance également un message d’espoir puisqu’il montre qu’il y a une vie après les persécutions et que les bourreaux agissent de la sorte sur des insécurités Certaines scènes nous laissent même une ambiance presque poétique et calme nous soulageant de toute l’agitation qu’on a pu regarder avant. Une métaphore du tournesol est utilisée tout au long du drama pour montrer la floraison guidée par le soleil. Des tournesols contre les persécuteurs ? Pourquoi pas vous ne trouvez pas ça beau?

Enfin j’aime le traitement de l’histoire en général donnant une explication aux comportements de chaque personnage. Chacun a sa propre raison d’agir comme il agit et c’est un enchainement d’évènements complexes qui l’a amené jusque-là. Egalement à souligner: le casting est à très grande majorité féminin. Fini alors le garçon bousculé et appelé tapette, place aux filles incroyablement mesquines et manipulatrices. Si on n’échappe pas à certains clichés (le « je couche pour te manipuler » ou le « elle m’a volé mon petit copain »), il est rare de voir des personnages féminins aussi tordus tout en étant aussi bien écrits. Comme quoi les personnages de lycéennes japonaises peuvent être montrés comme autre chose que des cruches.
Cependant là où le scénario pêche c’est qu’il va trop loin rendant son antagoniste trop cruelle, trop puissante alors que la montrer plus humaine aurait eu plus d’impact. Je pense par exemple à une storyline qui implique une histoire de gang: too much. En tolérant ces écarts tirés par les cheveux, on peut prendre part avec passion à tous ces retournements de situation qui font qu'on a du mal à lâcher le drama.
Bref, LIFE est un drama fort et intéressant en plus d’être divertissant. Il vous introduira dans ce Japon loin des néons multicolores des animes et de la folie de ses publicités loufoques. Peut-être que le vrai Japon est aussi là dans cette part sombre. Je ne peux que vous le recommander à condition d’avoir un certain goût pour les drames. Vous en ressortirez plein d’émotions et avec la chanson de Mika Nakashima en tête. Un des meilleurs dramas que j'ai pu voir et également l'une des meilleures oeuvres traitant de l'intimidation/persécution, un indispensable pour moi.
