A l’origine, Mad Max est une espèce de western post-apocalyptique qui lançait la carrière de Mel Gibson dans les années 80. Le pitch est simple : dans un futur proche la guerre pour le pétrole est déclarée (et c’est fou ce que cette idée s’ancre dans le contexte économique de l’époque). Max est un policier chargé de faire régner l’ordre face à la délinquance qui sévit sur le bord des routes. Il sombre dans la folie lorsque sa femme et son enfant se font assassiner par une bande de motards par représailles.
Du moins je mets toute ma confiance sur la page wikipédia du film pour ce synopsis car je n’ai jamais vu les films originaux. Et pour cause, née dans les années 90 je n’avais jamais entendu parler de Mad Max avant le mois dernier et la sortie de la bande annonce de ce nouvel opus (comme la plupart des gens de ma génération d’ailleurs). Voici donc un avis extérieur sans aucun préconçu de ce que devrait être un Mad Max, un avis non-influencé par l’incarnation de Mel Gibson, un avis de néophyte complète.
Le réalisateur George Miller, décide aujourd’hui que la saga n’est pas terminée et qu’elle a encore une place dans les salles de cinéma. C’est donc avec un nouveau casting lifté qu’il présente son film hors compétition à Cannes cette année : Tom Hardy (Inception, The Dark Knight Rises) succède à Mel Gibson dans le rôle-titre et Charlize Theron lui tient compagnie en tête d’affiche.
On retrouve Max servant de poche de sang vivante dans une citadelle contrôlée par Immortan Joe, un dictateur classique qui fait vivre sa famille dans un grand luxe en assoiffant le citoyen lambda et se faisant vénérer par une classe de guerriers bourrins. Max sort de sa prison lorsqu’un guerrier l’embarque à bord de son véhicule pour continuer sa transfusion tout en roulant à 200km/h à la poursuite d’un cargo (puisque servir son général ne peut attendre). Tous les guerriers de la Citadelle sont en course pour rattraper l’une d’entre eux, Imperator Furiosa jouée par Charlize Theron, qui a dérobé quelque chose de précieux au grand manitou : ses femmes.
Un scénario pratiquement illisible au visionnage de la bande annonce qui semble nous vendre un Paris-Dakar sous une pluie de sable ocre avec Charlize Theron chauve en guest-star. Le film nous (sur)vend donc son côté course-poursuite sur fond désertique, on se retrouve donc presque surpris de voir une histoire simple, certes, mais efficace et bien construite (suivant tout de même les schémas hollywoodien). Et si le film commence très vite sur l’action et le spectacle promis, on découvre après la première demi-heure qu’il a bel et bien un fond. Et plus grande est la surprise lorsqu’on découvre l’objet principal de ce blockbuster être féministe.
Un peu de douceur dans ce monde de brute, littéralement
Parlons déjà du personnage de Charlize Theron, véritable deuxième star du film. Parce qu’on en a eu des guerrières dans le cinéma de science-fiction mais combien restaient des femmes cloîtrées dans un stéréotype ? Lara Croft, Catwoman ? Fortes physiquement mais toujours femmes objets. D’accord l’actualité cinématographique nous charge de contre-exemples (Black Widow dans l’univers Marvel, Katniss dans Hunger Games) mais ça reste un cas très généralisé. Et nous parvient son personnage, Imperator Furiosa, pas sexualisée pour un clou, chauve et amputée qui ne reçoit aucune remarque sur le fait qu’elle soit une femme militaire, qui n’a aucune histoire de romance et qui a la profondeur émotionnel d’un personnage masculin équivalent. A tous les scénaristes : voilà comment on écrit une femme guerrière, c’est plutôt simple il me semble non ?
Mais surtout parlons du cœur même de la bataille du film. La symbolique est enfantine : les femmes d’Immortan Joe s’échappent pour aspirer à une vie meilleure et être traitées comme autre chose que des objets ce qui nous renvoie naturellement vers l’émancipation des femmes. Mais le film va plus loin, et fait l’une des démarches les plus féministes à hollywood : il donne le même temps d'écran à ses personnages féminins qu’à ses personnages masculins. Pire encore, il nous offre une denrée rare dans un blockbuster : de vrais personnages féminins. Et je ne dis pas ça juste parce que le personnage de Charlize Theron est une guerrière qui n’a pas besoin d’un homme pour trucider ses ennemis. Mais parce que ces personnages sont envisagées plus loin que leurs corps de femmes. Les favorites de l’antagoniste représentent ainsi la douceur et la naïvité dans un monde de bourrins. En effet, elles sont bien entretenues pour être séduisantes et ne connaissent pas la lutte qui se trame dans le désert. Elles sont donc naïves mais pas stupides. Chacune d’elles a son caractère (parce qu’il faut bien assouvir toute les envies du maître), son temps d’écran, son moment héroïque. Comme si elles devenaient indépendantes et apprenaient à se défendre au fur et à mesure. Ou comment faire d’un scénario basique et restreint en dialogue quelque chose de très riche et apte à plusieurs lectures.
Les femmes d’Immortan Joe sont comme un baume pour le spectateur après vingt minutes non-stop de bataille sur des 4x4 et des camions engagés à pleine vitesse. Le rythme du film joue avec les moments plus intimistes et délicats pour pouvoir nous balancer son lot de sauvagerie. Le film joue avec cet excès de bourrinage de l’un et l’émotion de l’autre, entre la violence du monde en guerre et la douceur des veinardes qui y ont échappé.
Mais ce n’est pas pour cela qu’on boude ces moments d’action brutaux. Parce que le spectacle est beau, surprenant et assez jouissif. Que ce soit dans l’esthétisme très graphique tout droit sorti d’un comic book ou cette ambiance métal notamment avec ce guitariste équipé d’un lance-flamme pour motiver les troupes tout est volontairement dans l’excès. C’est à prendre au second degré mais on s’éclate devant ces bagarres d’abrutis tous plus bourrins les uns que les autres tout en riant d’eux tant ils flirtent avec la limite du ridicule.
Il y a quelque chose de très rock/métal dans ces troupes. Peut-être parce que leurs peintures de guerre rappellent les maquillages et les looks de stars du métal (Rob Zombie ou le groupe Slipknot par exemple), ou parce que leur côté bourrin rentre dans l’imaginaire des festivals de métalleux. Dans tous les cas, l’imaginaire y est et ce délire esthétique (peut-être ce qui m’a donné envie de le voir en premier lieu) est assez génial je dois dire.
Pour moi, le film reste une réussite. Le spectacle est là, le scénario malgré ses lacunes est simple et efficace. Je n’ai pas grincé des dents quant au traitement des personnages féminins, je n’ai pas eu le sentiment que le film était juste là pour déballer des effets spéciaux sans s’occuper de l’histoire, j’ai plutôt pris mon pied. J’adore l’esthétisme qu’ils ont développé (peut-être que les road trips dans le désert et l’esthétique rock sont mes péchés mignons), et je reste sur ma faim quant à l’exploration de leur univers déjanté mal réintroduit ici. C’est le genre de blockbuster que j’ai envie de voir au cinéma : un peu barré, par forcément compliqué mais avec des personnages bien écrits. Et surtout des acteurs bien choisis : Tom Hardy n’a peut-être pas le charisme le plus porteur du film mais rempli très bien son contrat, Charlize Theron reste fidèle à elle-même (géniale), et une dédicace à Nicholas Hoult dans le rôle du guerrier qui retourne sa veste parce qu’il garde toujours une place dans mon cœur en tant qu’acteur depuis son rôle dans Skins.
Tout ça pour vous dire que je ne peux que vous encourager à aller voir ce film qui est un bon divertissement pas trop bête en plus d’être original.